2 février 2019 6 02 /02 /février /2019 21:02
Conjonction de coordination

Ce matin c'était samedi.

Le jour de l'espoir. Qu'il se passe des évènements extraordinaires. Qu'il soit possible de descendre du train un peu fou. Pour juste sentir l'herbe sèche qui gratte un peu.

 

Conjonction de coordination

Hé bien ce samedi avait bien commencé. Je buvais mon thé vert au jasmin, en ne pensant presque qu'au parfum du thé au jasmin. En sentant quand même le vent frais de l'hiver tropical. 

Un homme de Roswell en miniature passa alors dans mon champ de vision. Vraiment petit, guère plus de 3 millimètres de haut. Haut comme trois pommes d'un millimètre chacune.

Il sautillait très vivement, j'eus du mal à ne pas le perdre de vue. Un mauvais réflexe, plutôt que de garder l'image en moi, toute pour moi, rien que pour moi, j'allus quérir à toute allure mon téléphone. Pas pour appeler au secours, mais pour garder un souvenir de cette apparition.

Conjonction de coordination

J'avais su au premier regard que ce n'était pas un petit homme vert, mais une araignée sauteuse, genre thomise ou mygale. Je compte sur mes amis entomologistes pour éclairer notre lanterne à tous.

Ce qui était merveilleux, c'est que cette petite bête, qui d'ailleurs batifolait dangereusement sur le rebord de ma tasse, avait des points phosphorescents verts sur les chélicères (les crocs en quelque sorte) et sur le dos. On ne dit pas le dos pour une araignée, mais le céphalothorax. Mais c'est snob alors je dis le dos. Chance, je pus faire deux ou trois photos, et floup ! Elle disparut comme elle était venue. Comme par enchantement.

Conjonction de coordination

J'aurais pu en rester là, j'aurais déjà dit merci pour un tel samedi.

Le plan de la matinée était d'aller trainer à la Pointe, mon amie Maroon voulant trouver une jolie robe pour le mariage de ses parents. Normalement on va au mariage de ses enfants, mais là, non.

Conjonction de coordination

Pointe-à-Pitre j'y suis peut-être allée 100 fois. Jamais deux fois pareil. Comme nous papotions en marchant (ou marchions en papotant ?), seul le hasard de nos connexions neuronales guida nos pas. Et d'un coup, le musée Saint-John Perse était là devant nous. Le frère jumeau de la maison Zévallos, mais en moins hanté, et en plus mieux conservé. La tentation fut trop forte, nous investîmes les lieux (vais-je arriver à me dépatouiller de ce passé simple, et pourtant si complexe, rien n'est moins sûr).

Une galerie au charme suranné. Les costumes d'époques, les meubles, le tableau de la rade de Pointe-à-Pitre. A l'étage, l'exposition de dessins, façades de cases créoles, morceaux de persiennes et de tôles antiques, brunes comme du chocolat caramélisé.

Et sur la table de la sous-pente, une dizaine de livre de Saint-John Perse (bon sang mais c'est bien sûr, nous sommes dans le musée du même nom - éponyme - snob aussi).

C'est touchant (j'adopte le présent vous avez remarqué), des fils très fins de nylon tentent de dissuader le visiteur de chaparder les livres. Je pense que ça fonctionne. Et puis le vol de livres est malheureusement quelque chose de très rare.

Encore un petit mystère : mon amie Maroon, qui a pourtant fait des études littéraires, ne connaissait pas l'existence de Saint-John Perse. Moi oui mais je n'ai jamais rien lu de lui.

Conjonction de coordination

A la redescente, Maroon est frappée par un texte dudit Saint-John. Elle pense que ce texte est écrit pour moi. Et je lui raconte alors l'histoire de l'araignée du matin, sans aucun chagrin. Ou alors de folie.

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