15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 21:42
Voilà, j'ai fini par scanner mes gribouillis d'audience fébriles. Ca me permet d'exorciser un peu ce qui s'est passé pendant ce fichu procès. Et ça me rappelle mon grand-père, qui était dessinateur de métier, et qui avait accumulé pas mal de croquis d'audiences.

J'aurais appris pas mal de choses pendant ces deux jours de juin, sur le fonctionnement d'une cour d'assises (ceci dit, je partais de zéro).

Donc, commençons par le Président de la cour d'assises, qui comme son titre l'indique, préside les débats. Il brosse un portrait de la vie de l'accusé, tente de retracer les faits, invite les témoins à la barre... Il avait un accent méridional, l'air très sérieux mais maniant quand même la métaphore. Assez théâtral, très humain.


Monsieur le Président


Ensuite, l'accusé, il faut bien en parler. Hyacinthe Téplier. S'exprime difficilement mais beaucoup. Coupe sans arrêt la parole au Président, ce qui a un côté comique. S'emporte souvent, ressasse en boucle. Regarde souvent du côté de la salle. Difficile de le détester.


Téplier



Puis la première assesseuse du Président. Explication : le jury est composé de trois magistrats professionnels : le Président et deux assesseurs, et 9 citoyens comme vous et moi. Ces 9 ont le droit de poser des questions, mais seulement par écrit, par l'intermédiaire du Président (au cas où elles seraient tendancieuses). Donc cette assesseuse est une dame blonde avec une robe noire, elle a l'air de s'ennuyer prodigieusement. N'a pas ouvert la bouche pendant les quelques 14 heures d'audience, mais a quand même confectionné quelques cocottes en papier (je suis mauvaise langue, c'était un petit bateau en papier). Elle a piqué un petit roupillon de quelques minutes en début d'après-midi.


Plieuse de papier


Et puis l'avocat de la défense. M'a paru tellement mauvais au premier abord que je n'ai fait qu'une légère esquisse. A trouvé le moyen de laisser sonner son portable, de s'endormir, d'évoquer le match de tennis avec Gaël Monfils qu'il allait louper, de demander un petit délai pour préparer sa plaidoirie passque-vous-comprenez-monsieur-le-Président, j'habite loin-et-je-suis-rentré-tard-hier (presque sic). N'a pas été si mauvais que ça puisqu'il a obtenu l'acquittement.


Maître Fraipont (à éviter)


Enfin l'Avocat Général. Celui-là le lui mets deux majuscules pour le prix d'une. Il représente la société, et est chargé de faire la réquisition. Dans un premier temps, il ne s'exprime que très peu, ce qui fait que je me suis polarisée sur son crâne très brillant et son col en simili-hermine. Au deuxième jour, il a joué son rôle en rééquilibrant les débats, en parlant de la victime, en cuisinant l'accusé, en présentant au final son analyse des faits et sa réquisition : 18 ans dont 12 de sureté. Un type brillant, convaincu, tenace, et gentil. Il est venu discuter avec nous pendant les pauses. Total respect.


'Oui ou non avez-vous fermé votre porte en allant vous coucher ?'


Il y avait d'autres personnages assez attachants que je n'ai pas croqués.

Le greffier du premier jour, tout rond et noir, souriant, en nage sous sa robe, n'arrivant pas à retrouver toutes pièces à conviction, ni à régler la sono correctement.
Le capitaine de gendarmerie, a relaté la procédure clairement et simplement.
Le greffier du deuxième jour, beau garçon, s'est tapé un petite sieste post-prandiale.
L'interprète de Téplier, avec sa petite moustache, son teint clair et son immense bonne volonté pour essayer de faire comprendre les propos de l'accusé.
Le psychiâtre, a parlé simple pour faire comprendre un truc compliqué.
Le médecin légiste, a réussi à être assez technique pour ne pas choquer.

La prochaine fois, je vous raconte un truc plus marrant, vous allez finir par croire que je suis sinistre.

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