15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 01:08

Mon cher Frédéric Beigbeder,

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C'est la deuxième fois que j'écris à un écrivain (et n'ai par ailleurs jamais arrosé d'arroseur). Le première fois, c'était à Amélie Nothomb. J'avais pris l'habitude d'acheter son dernier roman au moment de monter dans l'avion me ramenant chez moi. J'avais l'impression au fil des ans d'entrer dans sa vie et de la connaître un peu plus à chaque fois. La cerise sur le gâteau se présenta dans les premières pages d'un de ses livres, où il était question du peuple des îles Vanuatu. Peuple béni (quoiqu'un peu mélancolique) car n'ayant jamais faim, du fait de la profusion en ignames sur cette terre pacifique. J'y vis là un signe, revenant d'une réunion de travail - je vous le donne en mille - ayant pour thème les ignames du Vanuatu. Si un jour mon cher Frédéric nous venions à nous connaître, je vous expliquerai pourquoi je m'intéresse aux ignames. Mais cette éventualité est peu probable, ne fréquentant pas le même cercle parisien mondain que vous (je suis plutôt dans un cercle petit-bourgeois, demeurant à la Lézarde, dans les hauts de cette belle commune de Petit-Bourg).

 

Disgressions direz-vous.

 

Hier matin, dans la salle d'embarquement d'Orly Ouest, j'avais quelques instants à tuer après avoir remis ma ceinture, mon gros bracelet en argent, et mes sandales à semelles compensées. N'ayant pas trouvé de Swatch à mon goût, je me suis rabattue vers le marchand de journaux pour essayer de trouver un bouquin sympa. Je n'ai cette fois pas pris le Nothomb, ayant un peu été déçue les fois précédentes. Assez haut dans les rayons, j'aperçus alors la couverture d'un joli bleu layette du dernier Beigbeder (prononcer bégbédé ?). Nourrissant pour vous une certaine tendresse, j'étouffai dans l'oeuf le petit poussin qui me soufflait à l'oreille d'attendre la sortie de l'édition poche, mes étagères dégueulant déjà suffisamment de tigres de papier en tous genres. Et je cédai donc à la tentation. J'aime beaucoup céder à la tentation, malgré mon éducation somme toute pas si éloignée de la vôtre. Ce n'était pas Paris 6ème mais Versailles Château. Heureusement, un Versailles un peu atypique. Encore une toute petite disgression et j'arrête : mes parents versaillais connaissaient cette Guillemette de Sérigné que vous évoquez dans Un roman français. Je revois encore son allure BCBG, et son beau visage aux yeux bleus.

 

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En parlant de tentations, j'ai un jour fait une expérience. Mon grand-père avait pour habitude de laisser des pièces de monnaie au fond des poches de son imper mastic. On m'avait par ailleurs appris au cathé que lorsqu'on fait quelque chose de mal, la voix de votre conscience vous le fait savoir. Voulant connaître le timbre de cette voix, je passai à l'acte et récoltai au moins deux belles pièces de un franc. De quoi s'acheter pas mal de Coco Boer et de Mistrals perdants. Figurez-vous qu'il s'en est suivi un silence assourdissant. Je me suis depuis ce jour nettement décontractée devant l'interdit, pour peu qu'il ne cause pas de tort ni de peine. Il m'est même arrivé de ne pas me laver les dents avant d'aller me coucher.

 

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Recentrons un peu la discussion. Voilà t'il pas qu'installée dans mon siège 42 L (j'aime les places hublôt côté droit de l'avion), je commence à me plonger dans la préface du gros livre bleu. J'étais ravie de partager avec vous le statut de vieux barbon, de dinausore rétrograde allergique à la dématériallisation de l'art et de la communication. J'avoue m'autoriser quelques exceptions, adorant envoyer des mails aux gens que j'aime mais qui ont le mauvais goût d'habiter loin, et également bloguer à certains moments (en général le soir après le turbin et une bonne bière, Carib si possible, brassée à Trinidad). Quelques pages plus loin donc, mon sourire vaguement bovin (comme celui, admirable, des femmes qu'on croise dans le métro) se mua en un rictus ému à la lecture d'une citation "On sait qu'un livre est bon quand on a envie d'écrire à son auteur". C'est malin, j'étais déjà un peu chose (excusez cette hyper-sensibilité toute féminine) mais là ça m'a fait comme l'ultra moderne solitude de Souchon. Des petites larmes pour le plaisir.

 

Petit flash-back d'environ 2 ans. Nous avions décidé ma famille et moi (un mari formidable, 3 enfants normaux et une nièce super extra) d'aller passer quelques jours à New-York, pour sortir un peu de notre cambrousse guadeloupéenne. J'avais pour l'occasion acheté au hasard (mais pas au bazar) quelques livres, histoire de prendre lâchement du bon temps. Là encore, les signes me sont tombées dessus, aussi drus et surprenants qu'une bonne drache. Ily avait :

 

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Mille soleils splendides de Khaled Hosseini

C'est l'auteur des Cerfs-volants de Kaboul. Roman qui démarre peu avant l'invasion de l'Afghanistan par les soviétiques, et qui se termine après le 11-Septembre. Vu depuis deux femmes afghannes, au destin ordinaire et tragique.

 

Douze de Nick McDonell

Roman écrit par un jeune de 17 ans. Vie et décadence des jeunes bourgeois New-Yorkais désoeuvrés. Vu sous l'angle de white Jack, un jeune dealer hors norme. Il ne consomme pas et essaye de préserver ceux qui peuvent l'être. Des airs d'autobiographie. On reconnaît des rues, des magasins, des ambiances de NYC.

 

Saga de Tonino Benacquista

J'en profite pour faire la promo de Malavita et du Serrurier volant. Ce Benacquista là fait aussi de la BD (L'ultra-mangeur). Saga, c'est l'histoire d'une chaîne télé qui passe un contrat avec des scénaristes ultra-loosers, pour qu'ils écrivent une série télé. Peu importe ce qu'ils écrivent, c'est pour atteindre les quotas de production française, et c'est programmé à 2 heures du mat. On s'en doute un peu au départ, la série finit par avoir du succès. Deux des auteurs terminent comme consultants aux Nations-Unies à Manhattan (le bâtiment est juste devant ce p... de tunnel qu'on a loupé pour rejoindre l'hôtel de Brooklyn) : ils sont chargés de fournir des scénarios à l'ONU, qui manque dramatiquement d'imagination.  

 

Windows on the world de Frederic Beigbeder

Ce nécrivain se dévoile beaucoup dans ce livre, et aussi dans Un roman français. Alternance de chapitres de sa vie, et de la vie d'un gars qui a eu l'étrange idée d'emmener ses deux fils prendre le petit déjeûner au resto de la Twin tower Nord, le matin du 11-Septembre.

 

Troublant non ? (aurait pu dire notre regretté Desproges). Tous ces hasards littéraires qui me ramenaient à New-York.

 

J'arrête là mon babillage. J'ajoute simplement que pour le moment, j'ai réussi à résister à la tentation : celle d'aller voir à la fin du livre qui vous avez classé en numéro 1. Il y a quand même des limites à la transgression.

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