8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 19:26

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Il existe encore des TTPV.

 

Trains à toute petite vitesse. A l'heure qu'il est, je suis dans le Corail qui relie Nîmes à Clermont-Ferrand. Je n'ai pas choisi une voiture à compartiment, je ne sais pourquoi. Au début du voyage, je suis encore dans le monde habituel. Pas mal de gens dans le train. Je profite du temps que j'ai devant moi pour retranscrire sur mon ordinaschtroumpf un ou deux trucs de la plus haute importance (un article sur Les Saules, et un rêve récent).

 

Inconsciemment, je perçois qu'après le premier arrêt, le wagon s'est quasiment vidé. Un peu comme Tintin et le Capitaine Haddock, dans un tortillard des Andes, qui réalisent qu'un piège leur a été tendu et que le train prend dangereusement de la vitesse au-dessus d'aplombs terrifiants. Je n'en suis pas là tout de même.

 

Il reste un monsieur de l'autre côté du couloir, qui me demande s'il est possible de bien tirer le rideau. Pour qu'il puisse à son aise regarder le paysage. C'est donc à ce moment-là que je réalise que le paysage est renversant. Comme une andouille, j'avais le nez dans mon ordi à ranger mes photos.

 

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Cliché http://www.alizari.fr/

 

C'est bien simple, nous sommes dans quelque chose qui hésite entre des montagnes, des collines, des gorges, des forêts rougissantes. Non pas de timidité, mais de début d'automne. Rien en vue si ce n'est la nature sauvage.

 

A l'arrêt suivant, il ne reste dans ma voiture qu'un vieux couple à un bout, et une femme discrète comme une souris à l'autre. Le train avance à petite allure. Des tunnels et des viaducs comme s'il en pleuvait. La lumière accroche les reliefs. La roche semble toute érodée, avec plein de petites aspérités. Des falaises, avec des motifs rocheux qui me font penser à des masques africains. Une énorme impression de solitude mélancolique et initiatique. J'en profite pour réviser mes respirations de yoga, je risque même quelques postures discrètes.

 

Mademoiselle Buisson, une vieille fille célibataire qui portait des tailleurs gris et des bas beiges, a été ma prof de géo pendant des années. Je dois avouer que ses discours un peu gouailleurs ne m'ont pas laissé des souvenirs très nets de la géographie de notre beau pays. Je vois bien que nous sommes dans des gorges, mais les gorges de quoi ?

 

Nous passons sans nous arrêter à la gare de Chapeauroux, ce qui ne me dit strictement rien. Le vent souffle en rafales, alors les arbres s'agitent amplement, et la surface de la rivière est toute énervée. Parfois un petit village. Ah, un panneau, c'est l'Allier.

 

La magie est maintenant rompue et je retrouve la réalité. Au sortir d'un tunnel, le train reprend une vitesse quasi moyenne, les reliefs s'estompent. Le train est maintenant arrêté en gare de Saint-Georges d'Aurac. Quelques personnes du monde moderne (chacun un smartfaune en main) sont montées et se sont installées près de moi. Sympathiques, il prévoient de faire des spaghettis à dîner ce soir.

 

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Une photo, peut-être pour être sure que je n'ai pas rêvé.

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