5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 21:49

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L'îlet Cabri est une toute petite île de l'archipel des Saintes, lui-même rattaché à celui de la Guadeloupe.

A l'îlet Cabri, on rencontre des cabris, un chat roux, des couleuvres, une forêt à mancenilliers, flamboyants et gommiers rouges.

Au sommet, les vestiges d'un fort, et d'une tentative avortée d'hôtel.

Donnant sur la plage, l'ancienne maison qui servait de local technique pour l'hôtel dans les années 70.

Au fond du paysage, la mer, Terre-de-Haut et le Pain de Sucre (à droite sur le dessin).

 

Une délicieuse impression d'abandon.

 

J'avais pourtant fréquenté ce mouillage une bonne dizaine de fois. J'avais bien remarqué qu'au vieux ponton défoncé était amarré un petit voilier en contreplaqué. Et que quelqu'un semblait plus ou moins habiter dans la maison cachée dans le sous-bois.

 

Je n'avais pas dû bien ouvrir les yeux.

 

Samedi, je débarque sur l'îlet avec mon ami Philippe. Nous tombons sur un distributeur à poteries hi-tech. Procédure : 1- Prendre une poterie, 2- Mettre 5 € dans la boîte. Notre curiosité est évidemment piquée. Sur ces entrefaites arrive un homme jeune et avenant avec qui nous commençons à discuter le bout de gras. Il nous explique son atelier de poterie.

 

 

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L'argile arrive par une voie naturelle, une ravine qui débouche dans un bac attenant à l'atelier (à gauche sur le dessin). Après les pluies, il touille ce qui arrive dans le bassin, "comme du chocolat", puis tamise, et renvoie dans un bassin plus petit, auquel il ajoute de l'eau de mer. L'argile décante, et elle est mise à sécher lentement dans des bacs en bois.

 

Ulric s'est installé là il y a 5 ans. Il a quitté Terre-de-Bas à cause des éoliennes qui ont été installées près de son atelier : trop de bruit, et surtout trop de dérangement, les équipes de maintenance passant par chez lui.

 

Après les explications, il nous propose tout naturellement d'essayer de tourner. Je m'assieds sur le tour à pied, et j'arrive à faire quelque chose de la boule d'argile. C'est très agréable de patouiller dans l'argile mouillée. C'est ensuite l'étape de peinture, à l'aide de solutions argileuses assez liquides et colorées. La cuisson est prévue la semaine prochaine, et nous devrons attendre un vent favorable pour venir chercher nos oeuvres.

 

Ulric n'a pas le look marginal ou baba cool auquel on pourrait s'attendre. Il propose (sans jamais en parler, cf le distributeur de poteries) un modèle de pot de fleur mural, parfait pour les épiphytes. La forme est unique, mais les variations de motifs, couleurs et textures multiples.

 

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Nous amenons bien évidemment les enfants qui sont emballés par le fait de fabriquer de leurs propres (si l'on peut dire) mains des objets en terre. Et en plus, il y a une cible dessinée sur le mur, et on joue aux fléchettes avec des boulettes d'argile, qui viennent s'écraser mollement. Trop malade.

 

Voici donc le petit morceau de vie d'Ulric le potier.

 

 

5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 21:23

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Ca fait un petit moment que ça me trottait dans la tête, j'avais envie de partir en voyage dans ma rue.

 

Chaque fois que je fais un tour dans le quartier, mon regard est attiré par les cases. Elles sont ouvertes mais ne révèlent que peu de leurs secrets. Les passants familiers que l'on salue gardent aussi tout leur mystère. Quelle est leur histoire ? Qu'ont-ils à raconter ?

 

J'avais donc décidé de procéder méthodiquement : une fois par mois, frapper à une porte et essayer de tirer un portrait. Au bout d'un an, j'aurais déjà eu un joli recueil.

 

Le problème c'est que pour l'instant je n'ose pas.

 

Une occasion s'est quand même présentée ce week-end, je vous la livre dans le prochain article, ça sera le début de la série. Ca ne se passe pas dans mon quartier, mais peu importe.

5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 20:49

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Impatiences sous couvert de bananier. 

 

"Blastn sur tous les scaffolds

Assemblage de contigs

Eux-mêmes sommes de Bacs

Montrent une belle synthénie

Dans les domaines sub-télomériques.

 

Les eBSV

Sont fréquents et randomisés,

Chez acuminata et balbisiana

Après recherche et annotation

Des ORF par extension des hits.

 

La phylogénie des séquences partielles

Avec les amorces Badna 1/4 - Badna FP/RP

Risque de révéler des rétrotransposons.

 

Mais les séquences de Marie sont toutes dans le groupe 2."

 

Ceci est la retranscription partielle et choisie des notes prises ce matin en réunion. Vous le croirez ou pas, je n'ai presque pas dessiné.

26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 22:37

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Quand l'esprit part à la dérive, en réunion par exemple, on peut penser que les petits dessins que l'on fait en marge de nos calepins sont les plus spontanés qui soient ? Pourrait-on les utiliser pour sonder notre inconscient ? Que veulent dire les motifs récurrents ?

 

Voyage en pays de gribouillages.

 

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Une danseuse en tutu, à tête de poisson.

 

img034.jpgDame à damiers.

 

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Un poisson passe, l'ange suit-il ?

 

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Plus facile à analyser : un collègue.

 

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Là je ne sais pas.

 

img027.jpg Elfe moderne.

 

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 Femme  à moitié folle.

 

img036.jpgFantômette revue façon manga.

 

img035.jpgN'appelle pas de commentaire particulier.

 

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On termine sur Shéhérazade, qui nous tient en haleine soir après soir.

 

24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 10:07

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C'est-à-dire à l'instant même.

 

Enfin, quelques nuages accrochent la Soufrière, c'est pas trop tôt.

 

L'affaire avait commencé dimanche matin. J'avais refusé une invitation à faire la trace Merwaert, qui emprunte les crêtes du massif montagneux, pensant que le temps serait mitigé. Horreur, pas la plus petite nébulosité, l'air d'une pureté insolente, et en corollaire les montagnes dévoilant tout de leur nudité violette : une succession de vallées, de mornes, de monts. Sans oublier le petit panache blanc, non pas d'Henri IV, mais de la Soufrière.

Et moi je n'étais pas dans ce paysage, ayant pris d'autres engagements. De quoi déprimer gravement, ce que je fis pendant une quinzaine de minutes.

 

Le lundi matin, même scénario, et frustration encore plus intense, puisqu'il fallait cette fois rejoindre les bancs de l'école. Ou plutôt la chaise de mon bureau, depuis lequel le paysage me nargue dans toute sa splendeur : au dernier plan, toute la montagne du nord au sud. Plan intermédiaire, une crête forestière avec la silhouette d'un arbre plus grand que les autres. Premier plan, les parcelles de culture. Bruit de fond à l'ouverture de la fenêtre, le léger grondement de la Grande Rivière à Goyaves qui fait son boulot un peu plus loin. Lorsque le temps est dégagé comme ça, la température chute la nuit, et nous atteignons des températures pôlaires au lever du jour, 20° ou parfois 17 ou 18. Je vous entends déjà ricaner, mais dans ce contexte, il faut mettre un pull et des chaussettes au lever.

 

Mardi rebelote. Mercredi dix de der.

 

Ouf, ce matin il fait beau mais de façon normale, et la mélancolie me quitte.

 

Curieusement, la beauté en général me donne un sentiment de regret, comme s'il était impossible d'en profiter en profondeur. Ca rejoint cette histoire de paysage, qui par définition nous est étranger : c'est ce que l'on voit, donc on n'y est pas.

 

16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 16:06

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Photo de Pierre Etaix devant des lunettes cassées.

 

Angle des rues Cosmonautes et Sidonboron, bourg de Capesterre.

Hier soir, énormes nuages pourpres avant la nuit, ciel zébré d'éclairs.

Chacun se retrouve, la plupart nous sommes dans la rue car l'endroit est petit.

Des petits groupes se forment. Entourent Martine. Lui parlent simplement, des face à face pleins de profondeur.

Les jeunes ont du mal à s'exprimer. Finissent par aller en grapes voir leur copain.

On traite bien la mort aux Antilles. On se déplie, on laisse les flôts de paroles trouver leur chemin.

 

Je garde l'image d'un grand garçon un peu gaffeur (lunettes cassées...), d'une grande douceur me semble-t-il. Mais est-ce qu'on arrive vraiment à connaître nos enfants ?

14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 20:55

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Chaque mois c'est la même chose, et ça fait longtemps que ça dure. Non, je n'évoque pas les féminités lunaires réminiscentes qui nous tombent dessus plus ou moins régulièrement, nous autres les filles.

 

Je parle de ma feuille de paye.

Bien que plafonnant depuis un certain temps dans mon indice (et n'ayant pas envie d'atteindre le corps supérieur, non pas que je n'aime pas les grands corps, mais c'est tellement plus confortable de ne pas atteindre son niveau d'incompétence). Or donc mon salaire est censé ne plus augmenter. Mais je regarde quand même toujours rapidement le chiffre dans le cadre en bas à droite, le fameux net à payer. Des fois que j'aie loupé une semaine d'infos sur France Inter et que le gouvernement ait décidé de réduire le salaires de ces feignants de fonctionnaires.

 

Fiche de paye du mois d'otobre 2011. Ahhhh !! J'ai été augmentée de près de 30% ! Mes mérites sont-ils tels qu'une loi spéciale a été votée pour moi ? Je tente de déchiffrer la pierre de Rosette qu'est une feuille de paye. Je tombe sur une ligne que je n'avais pas vue auparavant tout au long de ce qu'il est convenu d'appeler ma carrière (je signale à mes chers auditeurs que je vais fêter mes 25 ans d'INRA Guadeloupe pas plus tard que dans deux semaines). Et au bout de cette ligne énigmatique dénommée GIPA 2011, il y a un chiffre assez conséquent.

 

La suite a été un jeu d'enfant grâce à mon ami Google. GIPA = Groupement Immobilier de Promotion Architecturale. C'est ça ! Ils ont su qu'on voulait repeindre toute la maison, et qu'on était un peu juste. Quand je pense que certains osent dire que le service public est démantelé de l'intérieur par une certaine intelligentsia, je réponds "Qu'ils aillent donc voir ailleurs s'ils n'aiment pas la France". "Sans blaaague" (Coluche, avant 1986).

 

Ah mince, c'est pas ça. La GIPA, c'est la Garantie Individuelle du Pouvoir d'Achat. Votée en 2007, elle s'applique maintenant sur les 4 dernière années, because l'infellation a été un peu plus importante que prévue comme l'avait dit Rachida. Traduction en clair : mon traitement indiciaire brut (en clair j'ai dit) euh mon salaire a augmenté moins vite que l'indice des prix. Et bien, automatiquement, ça a été rattrapé sur ma feuille de paye (et j'espère sur mon compte en banque, je vais quand même vérifier).

 

Alors Champagne pour tous ceux qui voudront bien venir me voir ! Bisous pour les autres (Higelin, je sais plus quand).

2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 22:11

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C'est le jour des bougies.

Une pour Abidji, une pour Marie-Ange, une pour Nadine.

Les autres pour les vivants que j'aime (j'ai bien peur que ce soit vous).

1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 23:32

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Pas mal cette émission de Serge Le Vaillant sur France Inter. Evidemment assez tardive pour nos amis de l'hexagone.

Je ne voulais pas du tout vous parler de cette émission, mais plutôt d'un scoop.

 

Est-ce que vous vous rendez compte que nous (ainsi que ce qui nous entoure, par exemple l'écran que vous êtes en train de regarder) sommes fait de cendres d'étoiles ? C'est pas la Star'Ac mais la Star'Ash. Et que si un fonctionnaire zélé (ou un malpoli) vous demande votre âge, vous pouvez légitimement lui répondre "entre 5 et 12 milliards d'années". Ben oui, la matière qui nous constitue (si douce au toucher n'est-ce pas ?) a été fabriquée par les étoiles à ce moment-là, et projetée dans l'espace lors de leur explosion ! Le Mohamar Khadafi ratatiné, à côté de cette info, c'est quand même de la gnognote.

 

Et là où la réalité dépasse toutes les fictions réunies, c'est quand on apprend que :

 

- Juste avant la formation de notre univers, la densité d'énergie était si grande que la matière ne pouvait pas exister et était immédiatement détruite par le rayonnement.

- Puis, l'ère hadronique survint. Elle dura en tout et pour tout un cent millième de seconde, c'est-à-dire vachement moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Et que s'est-il passé pendant l'ère hadronique ? A ce (petit) moment, l'univers était assez dense : cent milliards de kilos par centimètre cube, et chaud : mille milliards de mille sabords, euh non de dégrés. A ce moment donc, je cite, "L'énergie thermique devient inférieure à la masse du plus petit des mésons, le méson pi". Vous vous en seriez doutés, la matière s'est alors séparée de l'anti-matière, et des protons ont été formés, dont certains ont survécu à cet enfer.

- Après cet épisode fulgurant (c'est quand même le big bang que je viens de vous raconter, bande d'ignares), vint une période beaucoup plus longue (10 secondes) poétiquement appelée ère leptonique. A ne pas confondre avec l'ère Liptonic, survenue beaucoup plus tard. Je vous passe les détails, retenez simplement qu'on commence à se cailler : seulement 5 milliards de degrés à la fin des 10 secondes.

- Next slide please : l'ère radiative. Dure quelques centaines de milliers d'années. On dirait que ça se ralentit non ? On tombe dans les froids pôlaires, avec guère plus de 3 ou 4 000 degrés. Les photons existent maintenant, et sont majoritaires (comme l'UMP mais plus pour longtemps). Mais toute cette soupe reste opaque à la lumière, parce que les photons sont tout le temps embêtés par des collisions avec les électrons libres (encore un titre d'émission de France Inter). Alors le temps de faire les constats amiables, les photons ils peuvent pas jouer leur rôle lumineux.

- Dernier épisode en date : l'ère stellaire (du latin stella, étoile, à l'attention des pauvres bougres qui n'auraient pas fait de latin). Elle dure depuis quelques milliards d'années : par chance, la température tombe en dessous de 4 000 degrés, ce qui permet la libre circulation de la lumière (plus tard, nous sommes retournés en arièrre, la libre circulation des citoyens étant devenue une douce utopie), puisque les électrons daignent rester en orbite autour des protons au lieu de leur faire du rentre dedans. Cette première lumière émise il y a grosso modo 12 milliards d'années nous parvient encore sous forme fossile, par le biais d'ondes radio. J'y crois pô.

 

Depuis ce temps, ça refroidit, ça s'expanse, et ça finira par s'effronder sous son poids dans un petit moment.

 

La fin du monde !!!

 

Enfin, de cet univers là en attendant le suivant ou le précédent (qu'a-t-elle voulu dire par là ?).

 

Bien. N'allez quand même pas croire que ma culture générale me permet de vous raconter cette merveilleuse histoire. Je suis plus prosaïquement en train de lire Enfants du Soleil, d'André Brahic, à qui j'ai emprunté de nombreuses phrases. J'ai entendu ce bonhomme à plusieurs reprises sur France Inter (encore !), il parle à la vitesse de la lumière et connaît tout ça par coeur. Plus passionné que lui tumeur maligne.

 

Enfin depuis que je sais que suis une poussière d'étoile, je me sens bien plus proche de Marylin Monroe.

30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 17:13

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Les Pujol habitaient au 3ème étage et avaient une fille superbe, Jacqueline. Nous étions l’un et l’autre d’une timidité dramatique, et j'étais pris d’une sorte de paralysie en la croisant dans l’escalier. On partait au lycée Hoche à peu près ensemble, elle par la contre-allée, moi et ma mère par le terre-plein de l’avenue de Saint-Cloud. Cela a duré des mois. Nous n’osions pas l’aborder. Nous l’avions surnommée Fakir. Un jour, des cambrioleurs se sont attaqués à la porte de notre appartement. Rentrant de je ne sais où, impossible d’ouvrir. La porte en chêne avait tenu, mais la serrure était démolie. Arrive incidemment le père de Fakir qui nous dit : « Je vais vous arranger ça ». Il arrive avec un gros levier, vite fait bien fait. Les choses n’ont pas traîné : craquement, serrure arrachée, porte intacte. Les choses n’ont pas traîné (bis) : dimanche suivant, invitation des Pujol à Orvilliers, un grand évènement ! Arrivage dans une Talbot, voiture superbe. Jacqueline et moi nous regardant en chien de faïence. Mais la glace s’est rompue et nous nous sommes mis à papoter gentiment.

 

Elle devait épouser un soldat américain qui l’a plaquée.

 

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J'en conviens, la chute est rude. Mais elle montre que mon père avait gardé un oeil sur la demoiselle depuis ses 10 ou 12 ans.