5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 01:20
Je m'appelle André et vous ?

Où il fut question de mai 67, de soucougnans et du bon dieu. Entre autres.

City on fire, c'est le gros bouquin que j'essaye désespérément de lire en ce moment. Jamais moyen de retrouver ma page. Du mal à suivre. Et quand je m'endors avec ça fait mal, 1244 pages qui me tombent sur le museau. 

 

J'avais donc apporté ce livre vendredi soir quand je m'en fus prendre une bière Place de la Victoire à Pointe-à-Pitre, pour tuer le temps. En l'occurrence les 90 minutes de la rando roller de Swan. En me disant "Avec un gros bouquin comme ça, je ne vais pas me faire embêter".

Je m'appelle André et vous ?

Pour changer un peu, je me siffle une Corona, gentiment servie par une dominicaine joviale, et dans un environnement marqué par de nombreux décibels tendance Merengue.

 

Et ça ne loupe pas. J'en suis à peine au prologue ("Nous avons rencontré l'ennemi, et c'est nous"), qu'une personne de sexe masculin m'adresse la parole. Et me demande fort ta propos ce que je je lis tout en me faisant remarquer que c'est un gros livre.

 

Le bougre était muni d'un bol de soupe qui me fit saliver. Je l'accueillis donc à ma table puisqu'il me l'avait demandé gentiment. Aussi parce qu'il n'y avait pas d'autre table de libre. Pendant tout le temps de notre conversation (que j'évalue à une petite heure), je ne sais s'il loucha sur mon décolleté, mais j'avoue avoir louché tout le temps sur sa soupe.

Un bébélé sinon rien

Un bébélé sinon rien

Nous démarrons sur mai 67. Il m'affirme que les historiens ont menti. Ce ne furent pas 200 morts mais 8 morts. Huit de trop, mais 8 morts.

 

Le gars est érudit et connaît bien mieux que moi toute l'histoire de l'esclavage. Quand je m'indigne du code noir, il réagit vivement. "Mais le code noir était une bonne chose. D'ailleurs, les colons n'aimaient pas le code noir, qui donnait des droits aux esclaves. Moi, je suis descendant de nègre marron".

Je lui fait remarquer que jamais les métis ne revendiquent leur part blanche. "Et pourtant, nous sommes descendants d'esclaves et d'esclavagistes" me dit-il.

 

Ce monsieur était enseignant. Il me raconte que lorsqu'il était en poste en Guyane, un élève vint se plaindre à lui. "Monsieur, il m'a traité d'haïtien". "Mais idiot, tu es haïtien" lui répondit-il.

© Le blog de Nanie

© Le blog de Nanie

Virage dans la conversation, j'évoque les soucougnans. Immédiatement il réagit. "Mais les soucougnans existent. J'y ai été confronté à trois reprises". Je lui demande de me rafraîchir la mémoire sur les soucougnans, n'ayant qu'une idée vague de ce qu'ils sont.

 

"Les soucougnans sont des femmes. Parfois des hommes. Elles se transforment en animaux et bêtes de toutes sortes, piquent, et prennent le feu".

 

Il me raconte en détail ses trois expériences de soucougnans, que j'essaie de vous résumer ici.

© Eric Schmuttenmaer

© Eric Schmuttenmaer

"Près de chez ma Maman, il y a eu un éclair. Alors elle a dit "Tiens, c'est Amélie !". Et le soir, nous avons trouvée Amélie brûlée".

Maison Murville à la Lézarde

Maison Murville à la Lézarde

"Un soir, il y avait une forte lumière derrière la case de Siméon, qui n'était pas là. Il revient le lendemain et nous lui demandons s'il avait mis une lumière. "Une lumière ? Ha ! C'est surement Ernest, je vais lui régler son compte !". Siméon a disparu trois jours dans sa case, et trois jours plus tard, Ernest était retrouvé mort".

A la Désirade

A la Désirade

"A l'école, une de mes élèves se plaint que sa grand-mère l'embête. Je lui dis mais non, les grand-mères sont gentilles. Elle répond mais non, ma grand-mère est morte. La petite a entendu un soir de grands bruits dans la chambre de la grand-mère. En regardant par le trou de la serrure, elle voit des bêtes. Elle entre et trouve une peau de bête, qu'elle prend. Sa grand-mère arrive et lui dit qu'elle ne doit surtout pas faire ça, ça risque de la tuer. En réalité, cette dame n'arrivait pas à partir vers la mort, et au lieu de se tourner vers sa fille pour l'aider, elle s'est adressée à sa petite fille".

 

"Oui, les soucougnans existent. Et je crois en dieu, sans lui je serais mort. s'il n'y avait pas eu l'esclavage, je serais africain et migrant ! Ou européen et je vivrais dans le froid. Toute chose a du bon !"

Musiciens à la Nouvelle Orléans

Musiciens à la Nouvelle Orléans

Et il part sur un grand éclat de rire, sur des dents un peu de travers. "Je m'appelle André, et vous ?".

 

Swan à qui je racontai l'affaire conclut en disant "C'est bien de pouvoir faire des rencontres intéressantes".

 

C'est pas le tout, j'ai encore 1240 pages à lire.

21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 00:42

Je crois que j'ai rencontré un ange cet après-midi. Existe-t-il réellement ?

 

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J'étais partie ma musette à la main, bien décidée à essayer un nouveau style de peinture. Moins figuratif, plus instinctif.

 

Deuxième quinzaine de septembre, chacun (ou presque) sait que c'est la pleine saison cyclonique. Pas de cyclone aujourd'hui mais de la pluie entre deux rayons de soleil.

 

Un peu au hasard, ma petite voiture rouge m'emmène au lieu-dit La Glacière. Où en effet il ne fait pas si chaud, nous sommes tout de même sur les pentes du massif montagneux. De là part la trace Merwaert, un long sentier boueux qui sillonne les crêtes des heures durant pour qui a du courage, et les genoux en bon état.

 

Mes prétentions sont modestes, je veux juste m'enfoncer un peu en forêt et trouver le bon angle pour dessiner. C'est un peu touffu, je ne trouve pas l'entrée du chemin. J'aperçois un jeune homme sur sa terrasse, je lui demande mon chemin. 

 

Il me répond sans parler, en faisant un geste pour m'indiquer.
Il est métisse, grand, avec des locks et des tatouages sur la poitrine et sur les bras.
J'ai pensé qu'il était muet, et cette rencontre m'a fait sourire.


Je marche un peu et m'installe pour dessiner, dans une clairière. Il arrive, pieds nus, et me parle gentiment.
Donc il n'est pas muet.  Nous parlons un peu, puis il me demande si je fais des portraits. Non, c'est trop difficile. Il m'explique qu'il va avoir une petite fille, qui va naître en décembre. Il a 27 ans.


Il parlait avec beaucoup de douceur, nous avons discuté tranquillement un bon moment. Il m'a aussi expliqué qu'il est péruvien, et a été adopté. Il ne se rappelle pas du tout tout du Pérou. Ses traits ont en effet quelque chose d'indien, ici c'est fréquent, mais ce ne sont pas les mêmes indiens. Je lui demande son nom. Jean-Michel.


Puis nous avons repris le sentier et sommes revenus au point de départ. Il était heureux que nous ayons pu nous rencontrer, et il est rentré chez lui. 



Voilà, mais comme je n'avais pas dessiné, je me suis arrêtée plus loin sur la route, et j'ai peint différemment de ce que je fais d’habitude.

 

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J'ai laissé parler mes émotions et splatch, elles sont arrivées sur le papier. Lieu-dit Diane cette fois-ci.

 

Drôle de journée.

 

24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 21:02

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Petit crème bien blanc chez Paul, au départ d'Orly Sud. J'aime beaucoup ce petit bistrot.

 

Ce matin, perturbations sur la ligne Montreuil - La Défense, des manifestants étaient descendus sur la voie, je ne saurais vous dire pourquoi.

 

Appelé donc un taxi pour rejoindre l'aéroport. Le chauffeur est doué de parole, et ne débite pas le discours réac qu'affectionne parfois cette corporation. 

 

Il manque de m'emmener Gare du nord, j'avais pourtant dit Orly Sud. Il est portugais, et m'explique tout ce qu'il a dû apprendre comme micro-géographie pour devenir taxi.

 

Dans mon bagage à main, je ramène en Guadeloupe le Coq à la fumée, un objet qui m'a fait cauchemarder plus d'une fois dans ma petite enfance. Un coq en céramique multicolore rapporté du Portugal par mon père il y a environ un demi-siècle. J'avais baptisé le cauchemar "Coq à la fumée".

 

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Après tout ce temps, c'est aujourd'hui que j'ai décidé d'emporter chez moi ce symbole de mes terreurs nocturnes d'antan. Le voici installé à l'abri des chats, qui comme chacun sait ne cassent jamais rien.

 

Le taxi m'explique que sa région natale, au nord du Portugal, est pleine de torrents, de montagnes boisées, et la mer un peu plus loin. Il m'aide à décharger mes bagages (alourdis par 2 kilos de gingembre au vinaigre), et je lui montre mon coq.

 

"Ah, mais ils sont fabriqués dans ma région ! On l'appelle le coq de Barcelos. El galo de Barcelos. L'histoire dit qu'au temps des rois, on servit un coq aux convives d'un banquet. L'un d'entre eux paria que le coq allait chanter. Et c'est ce qui arriva".

 

J'ai demandé son prénom au chauffeur, il s'appelait Alexandre.

 

Que veulent me dire les coïncidences de ce jour ? 

 

Encore une coïncidence découverte à l'instant. Le petit dessin là-haut, fait juste avant d'embarquer, montre un avion de la compagnie Aigle Azur. Spécialisée entre autres sur la destination Portugal.

13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 16:59

De fil en aiguille.

 

L'article d'hier évoquait le fil (yarn) dans l'art.

 

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Celui d'aujourd'hui part également d'un fil.

 

Le fil tissé par une mygale, que l'on peut rencontrer à la Soufrière. Ne vous réfugiez pas sur la chaise la plus proche, ni n'appelez votre mère. Tout d'abord parce que les mygales n'ont jamais fait de mal à une mouche (façon de parler, elles doivent tout de même en sucer quelques unes à l'occasion). Et ensuite parce que cette mygale-là n'est pas très grosse, son ti bidon ne dépasse guère un ou deux centimètres de diamètre.

 

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Mes petits copains naturalistes étaient partis à la recherche de cette bestiole, qui bizarrement n'a été découverte qu'en 1999. Par un temps brumeux et glacial, ils sont partis des Bains Jaunes, ont arpenté les sentiers de montagne, ont soulevé les pierres, et ont trouvé les mygales.

 

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L'un d'entre eux a également trouvé sur le bord du chemin deux tiges d'orchidées en fleurs, ceuillies puis laissée par un quidam sur le Chemin des Dames (comme par hasard, sur le Pont des Arts...). Il m'a donné ces deux orchidées, pour que je les intègre dans l'herbier de l'INRA, au cas où n'aurions pas en collection cette espèce (qui répond au doux nom d'Epidendrum patens).

 

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L'orchidée avant cueillette.

 

Les deux plantes étaient glissées dans du papier journal. Etant femme, je suis d'un naturel curieux, et j'ai eu l'oeil accroché par un entrefilet du journal en question.

 

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"Cette photo de l'américain John Stanmeyer, illuminée uniquement par le clair de lune et les écrans des téléphones portables des migrants, a remporté le World Press Photo".

 

Ca m'a serré la gorge et donné le frisson. Nous ne faisons pas le même usage du clair de lune et du téléphone portable. J'y penserai lors de la prochaine pleine lune.

7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 13:29

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*

Je ne sais pas s'il s'appelle Omar. Il n'a qu'une jambe.

 

Bien que la GGSS (Grève des Gérants de Stations Service) soit terminée depuis hier, j'ai décidé de garder l'avantage.

 

J'ai donc enfourché ce matin mon fidèle compagnon Trek. Un beau 24 pouces noir et blanc. Je remonte bravement la Lézarde, sans trop forcer tout de même.

 

Et j'entends derrière moi une voix m'encourageant. "Appuyé appuyé, allez, plus vite". Un cycliste, qui me dépasse comme dans le dessin animé Bip-Bip (grosse exagération, mais quand même le bougre allait vite).

 

Je le vois depuis longtemps faire du vélo avec sa seule jambe. Beau style, aucun déséquilibre. J'espère la prochaine fois faire plus ample connaissance avec lui et vous en dire un peu plus.

 

 

* Les Rondes Vertes, édition 2010

24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 19:26

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"Je suis né au Surinam. Le médecin qui a accouché ma maman était hollandais. Il lui a dit que comme j'étais un beau garçon, il fallait m'appeler comme lui. Doornamboth. Je m'appelle Doornamboth Napo. Mais comme ce n'était pas facile à prononcer, on m'appelle Doorn.

 

Je suis Bushinengué. J'avais commencé à faire mes études, mais à 8 ans j'ai dû arrêter car mon père avait eu des problèmes. Et mes filles ont fait des études d'avocates en France, parce que ça m'avait fait mal au coeur.

 

Je crois que je suis le 3ème enfant. Avant il n'y avait pas de dispensaire, mais des sages-femmes traditionnelles au village.

 

Avant, je travaillais dans le tourisme."

 

Tout celà est dit d'une voix très douce, avec un léger accent anglais ou hollandais.

 

J'ai rencontré Napo en Guyane il y a peu, lors d'un séjour professionnel. Je faisais la tournée des quelques agriculteurs qui avaient accepté d'essayer nos nouvelles variétés de poivrons. Sa parcelle était très bien entretenue, il avait fait creuser deux canaux pour drainer, pour la somme de 500 Euros. Son "exploitation" était située en bord d'abattis, et il avait une case en bois sommaire, sur pilotis.

 

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"On est là la semaine, et le week-end on revient dans notre maison à Saint-Laurent du Maroni. Comme on n'avait pas encore eu le bail amphithéotique, je n'avais pas osé construire ma maison ici. Alors on a fabriqué quelque chose de simple, et la vraie maison est là-bas".

 

Je fais remarquer à mes compagons de visite que 500 Euros c'est beaucoup, et que Napo doit quand même avoir un certain revenu. Ils m'apprennent qu'avant de devenir agriculteur, Napo emmenait des gens se balader sur le fleuve. Mais un beau jour, il s'est fait voler pirogues et moteurs, et ça a été terminé.

 

Retrée chez mes hôtes à Kourou, je leur raconte l'histoire.

 

"Napo ? Ca me dit queque chose, il n'était pas piroguier à Saint-Laurent ? Ily a une quinzaine d'années, il nous a transporté un ULM sur une partie du fleuve. Un très bon piroguier, un type sympa."

 

Et de retrouver une vieille photo, sitôt scannée.

 

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Le monde est petit et le temps est court.

 

23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 22:27

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Elle répond plus fréquemment au prénom de Saro, et est en première, option arts appliqués.

Née en Guadeloupe, son visage reflète beaucoup de migrations et de métissages.

 

Une grand-mère polonosaise, vivant à Berck avec un mari chti. Je ne sais pas encore ce qui a poussé cette dame dans les bras d'un gars du nord.

Une maman française donc, qui fit des enfants avec un Guadeloupéen d'origine mélangée : une maman guadeloupéenne de souche, enfin disons descendante de la traite africaine. Et un papa indien, mais qui n'est pas venu comme les autres indiens de la vague d'immigration post-esclavage (entre 1854 et 1906), mais simplement parce que cet homme-là aimait voyager. Et c'est pour ça qu'ils'est séparé de sa femme, qui elle était casanière.

 

Notre petite Saro donc est tiraillée entre toutes ces cultures. Plus tard, elle veut être tandenceuse (à vos dictionnaires ou autres wikipédias). 

28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 21:44

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Je l'appelle Joël mais je connais pas son prénom, je ne lui ai pas demandé.

Beau garçon, peau noire, costaud, souriant.

 

Ce matin, samedi, je me retouve à la ferme Tibou. Anciennement une ferme exploitant de la canne à sucre et des bovins, depuis des années recyclée dans l'accueil du public, moyennant finances sonnantes et trébuchantes. Les têtes blondes, noires, rousses, chabines etc... peuvent rouler, sauter, grimper, ploufer, tobogger, pendant que les parents savourent un moment de farniente. C'était mon cas, et pendant que Swan travaillait sa double vrille au trampoline, je bouquinais, agréablement vautrée sur un autre trampoline. 

 

Disgression littéraire. Je lisais un livre pour enfants, absolument extra : Les Willowghby, de Lois Lowry. 

 

"Il était une fois une famille appelée Willowghby : une famille vieux jeux, avec quatre enfants. [...]

 

Barnaby et Barnaby étaient des jumeaux de dix ans. Personne ne pouvait les différencier et, comme en plus ils avaient le même prénom, c'était très compliqué. [...] 

 

Leur mère, qui était indolente et de mauvaise humeur, n'allait pas travailler. [...] Elle avait lu un livre un jour, mais elle l'avait trouvé déplaisant parce qu'il contenait des adjectifs. [...]

 

Un jour, ils (les enfants) trouvèrent un bébé sur le pas de leur porte. [...] - On pourrait l'emporter à la déchetterie, proposa Barnaby B. [...] C'est lourd les bébés ? [...] Leur mère, les sourcils froncés, ouvrit la porte du fond et sortit de la cuisine. - Qu'est ce que c'est que ce bruit ? demanda-t-elle. J'essaye de me rappeler les ingrédients du hachis parmentier et je ne m'entends pas réfléchir. - Oh, quelqu'un a laissé un ignoble bébé sur le perron, lui dit Tim. [...]

 

- Emportez-le ailleurs, les enfants, dit leur mère en retournant à la cuisine. Débarrassez-vous-en. J'ai un hachis parmentier à faire."

 

Et tout à l'avenant...

 

J'arrivais au passage où les jumeaux se plaignent que leur mère ne leur a tricoté qu'un pull pour deux, quand j'aperçus dans mon champ de vision un jeune homme se déplaçant à quatre pattes en poussant des cris assez perçants. La surprise passée, je compris que c'était un garçon handicapé, accompagné par un autre jeune homme sans doute chargé de l'emmener se distraire. Il semblait bien apprécier le trampoline, et je poursuivis ma lecture.

 

Quelques minutes plus tard, le garçon se précipita près de moi, et poursuivis ses jeux son mon trampoline. Son accompagnateur s'approcha, et m'expliqua en souriant que le jeune (un bébé de 9 mois dans un corps d'adulte) aimait bien qu'on lui lise des histoires... Je n'ai évidemment pas résisté à la tentation d'engager plus loin la conversation. Joël a commencé à travailler comme techicien agricole, mais a bifurqué vers le métier d'éducateur. Il s'intéresse surtout aux autistes, et aux handicapés lourds. M'explique que ce jeune de 20 ans est tombé de la table d'accouchement le jour de sa naissance. Qu'il s'en occupe deux jours par semaine, pour lui apprendre des petites choses (patienter à la caisse au supermarché, se laver les dents, bien se tenir au restaurant...) et l'emmener ballader. Il est passionné par ce boulot, qui consiste surtout à comprendre les autres, et à leur donner un coup de main pour vivre mieux.

 

Visage chipé sur http://dominiquedelouche.over-blog.net

 

5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 21:49

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L'îlet Cabri est une toute petite île de l'archipel des Saintes, lui-même rattaché à celui de la Guadeloupe.

A l'îlet Cabri, on rencontre des cabris, un chat roux, des couleuvres, une forêt à mancenilliers, flamboyants et gommiers rouges.

Au sommet, les vestiges d'un fort, et d'une tentative avortée d'hôtel.

Donnant sur la plage, l'ancienne maison qui servait de local technique pour l'hôtel dans les années 70.

Au fond du paysage, la mer, Terre-de-Haut et le Pain de Sucre (à droite sur le dessin).

 

Une délicieuse impression d'abandon.

 

J'avais pourtant fréquenté ce mouillage une bonne dizaine de fois. J'avais bien remarqué qu'au vieux ponton défoncé était amarré un petit voilier en contreplaqué. Et que quelqu'un semblait plus ou moins habiter dans la maison cachée dans le sous-bois.

 

Je n'avais pas dû bien ouvrir les yeux.

 

Samedi, je débarque sur l'îlet avec mon ami Philippe. Nous tombons sur un distributeur à poteries hi-tech. Procédure : 1- Prendre une poterie, 2- Mettre 5 € dans la boîte. Notre curiosité est évidemment piquée. Sur ces entrefaites arrive un homme jeune et avenant avec qui nous commençons à discuter le bout de gras. Il nous explique son atelier de poterie.

 

 

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L'argile arrive par une voie naturelle, une ravine qui débouche dans un bac attenant à l'atelier (à gauche sur le dessin). Après les pluies, il touille ce qui arrive dans le bassin, "comme du chocolat", puis tamise, et renvoie dans un bassin plus petit, auquel il ajoute de l'eau de mer. L'argile décante, et elle est mise à sécher lentement dans des bacs en bois.

 

Ulric s'est installé là il y a 5 ans. Il a quitté Terre-de-Bas à cause des éoliennes qui ont été installées près de son atelier : trop de bruit, et surtout trop de dérangement, les équipes de maintenance passant par chez lui.

 

Après les explications, il nous propose tout naturellement d'essayer de tourner. Je m'assieds sur le tour à pied, et j'arrive à faire quelque chose de la boule d'argile. C'est très agréable de patouiller dans l'argile mouillée. C'est ensuite l'étape de peinture, à l'aide de solutions argileuses assez liquides et colorées. La cuisson est prévue la semaine prochaine, et nous devrons attendre un vent favorable pour venir chercher nos oeuvres.

 

Ulric n'a pas le look marginal ou baba cool auquel on pourrait s'attendre. Il propose (sans jamais en parler, cf le distributeur de poteries) un modèle de pot de fleur mural, parfait pour les épiphytes. La forme est unique, mais les variations de motifs, couleurs et textures multiples.

 

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Nous amenons bien évidemment les enfants qui sont emballés par le fait de fabriquer de leurs propres (si l'on peut dire) mains des objets en terre. Et en plus, il y a une cible dessinée sur le mur, et on joue aux fléchettes avec des boulettes d'argile, qui viennent s'écraser mollement. Trop malade.

 

Voici donc le petit morceau de vie d'Ulric le potier.

 

 

5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 21:23

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Ca fait un petit moment que ça me trottait dans la tête, j'avais envie de partir en voyage dans ma rue.

 

Chaque fois que je fais un tour dans le quartier, mon regard est attiré par les cases. Elles sont ouvertes mais ne révèlent que peu de leurs secrets. Les passants familiers que l'on salue gardent aussi tout leur mystère. Quelle est leur histoire ? Qu'ont-ils à raconter ?

 

J'avais donc décidé de procéder méthodiquement : une fois par mois, frapper à une porte et essayer de tirer un portrait. Au bout d'un an, j'aurais déjà eu un joli recueil.

 

Le problème c'est que pour l'instant je n'ose pas.

 

Une occasion s'est quand même présentée ce week-end, je vous la livre dans le prochain article, ça sera le début de la série. Ca ne se passe pas dans mon quartier, mais peu importe.